Le cinquième cercle 5 Mai 2004 à 00:00

Le cinquième cercle



S'inspirant de l'exemple euphorisant d'un quelconque champignon consumant les secondes sur sa souche en putréfaction, mon existence se nourrit des restes de la Compagnie dans la torpeur d'un métabolisme sans grâce.

Au hasard d'une divagation hautement administrative, un serviteur de l'Institution peut se voir déplacé d'un secteur à l'autre sans raison apparente, et sans qu'il se soucie d'ailleurs d'expliquer un prodige si quotidien par l'apparence d'une raison.

C'est donc dans la plus grande sérénité que l'on observe, au détour de corridors sans issue, et jusque dans les escaliers du métro, se croiser des équipages fantastiques de fonctionnels égarés, de cadres neurasthéniques, et de dirigeants inspirés.

Au terme de chaque rotation, les retrouvailles fleurissent sous les faux plafonds, et c'est tout à coup, dans l'enceinte sans âme d'un complexe technocratique, un fourmillement de convivialité et de rires que ne vient gâcher que l'odieuse dictature du maudit téléphone.

Chacun alors sombre dans la triste fonctionnalité qui lui échoit et prend graduellement l'expression dramatique d'une machine-outil abandonnée au cinquième cercle de l'enfer.

" Combien se prennent là haut pour de grands rois qui seront ici comme porcs dans l'ordure, laissant de soi un horrible mépris. "

C'est ainsi que, me tournant vers ma voisine dont les doigts sur le clavier semblent répéter mollement le même entrechat depuis un temps exagéré, je m'enquiers de la tâche dont elle est affligée. Apprenant qu'elle se voue à l'éradication systématique d'un certain type de fichier, je m'étonne du fastidieux de l'exercice et lui demande depuis combien de temps elle y est occupée :

"Et heu... ça fait longtemps que tu fais ça ?
-nan nan. Ca fait sept mois."

Je m'interroge encore sur l'absolue nécessité qu'avait la Nature d'user tant de millions d'années à faire évoluer des êtres d'une souplesse et d'une inventivité à conquérir les univers, tout ça pour qu'ils se vautrent dans de vilaines corvées d'un ennui propre à traumatiser un ver de terre.




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