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C'était arrivé bizarrement et personne n'aurait prétendu qu'il s'agissait d'une mauvaise soirée, mais une sensation bancale semblait doucement menacer l'équilibre des convives affalés dans leur fauteuils, ou pensivement répandus sur des canapés. A la faveur d'un apéritif enjoué, les blagues et les défis s'étaient succédés en un crescendo enthousiaste, jusqu'à ce que les conversations se changent en invectives, et les danses en enchaînements martiaux. Sans l'apparence de la moindre transition, on s'était retrouvés en ordre de bataille, retranchés derrière un sofa afin de maintenir la position face à des assaillants grimaçants. Puis, la hardiesse fleurissant, on improvisa des embuscades frénétiques, sous le couvert d'un ficus en pot qui pour nos yeux prenait l'aspect d'un végétal issu de la luxuriance carbonifère, et l'on fondait sur un bataillon d'invités qui s'éguaillaient alors comme la volaille, pour se dissimuler derrière un couple de fauteuils crapaud. Au-dehors, la ville flamboyait en tapisserie d'apocalypse, et à l'assaut d'un divan chesterfield, on gravissait des pentes de mobilier incertain, hissant au sommet l'étendard d'une victoire furtive, la mains sur la poitrine, l'un de nous, j'ignore lequel, récitant des vers en latin incompréhensible. Je passe sous silence notre tentative d'invasion par le faux plafond. A présent que l'ordre était rétabli sans explication, chaque coeur hébergeait encore un sentiment d'exaltation puissante, mêlée de plénitude et de saine fatigue. Les conversations flânaient gentiment et l'on surprenait fréquement des remarques pénétrées du style: "C'était chaud, hein?". Puis l'un de nous remarqua sur le ton de la conversation: "On a beau dire, dans ton punch, y avait pas seulement que de la pomme..." Ce qui n'est pas vraiment une explication. Ajouter un commentaire verif = code = contact: hello@groliv.com
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