Le sphinx 9 Octobre 2007 à 22:54

Le sphinx


Il est reconnu à travers l'Europe, que le périphérique parisien constitue l'objet le plus à même de cristalliser chez le voyageur, l'angoisse et la bizarrerie.
J'en veux pour preuve le marasme de la porte d'Orléans.
Il n'a échappé à personne que la porte d'Orléans dissimule au vu de tous une bifurcation maléfique. Je tiens pour certain, que les témoignages abondent, qui mettent en scène des flots de voyageurs égarés,

en ces points singuliers
où ils se précipitent
mystifiés par les con
torsions périphériques.


Et si tel n'est pas le cas, c'est sans doute parce qu'aucun d'entre eux n'est jamais revenu.

Il fut une époque où chacune de mes tentatives pour parcourir le périphérique extérieur échouait immanquablement à Rungis. Au début, on ne se doute de rien, mais les kilomètres s'empilant, on finit par convenir de l'évidence: on va échouer à Rungis.
En s'engageant sur la bretelle de l'échangeur, on est saisi par ce trouble, cette sensation familière qui signifie: "Ici rôde l'incommensurable. Toute résistance est inutile, car voici que le Fatum te désigne de son doigt adverse."

Rungis est assimilable à un puits gravitationnel qui régnerait, tapi au sud de la capitale, et affairé à engloutir les malheureux qui défient les mystères de la signalétique routière. De loin, la voie semble tout à fait disposée à vous conduire de porte en porte jusqu'à jusqu'à un endroit sûr, mais une fois engagé sur la bretelle, la farce se révèle dans toute sa sournoiserie, et vous aboutissez àRungis.

Une fois échoué dans la zone de Rungis, commence la quête interminable de la sortie. La zone est un dédale de bâtiments très laids, conçu pour enferrer le voyageur dans une malédiction circulaire. Les impasses succèdent aux sens interdits, et l'on maudit les urbanistes qui manigancèrent cette sotte plaisanterie.

Un jour que j'étais échoué dans la zone de Rungis depuis plus d'une heure, je pus m'entretenir avec un automobiliste qui désespérait de se dépêtrer un jour de ce carroussel, et il me tint des propos fascinants. Certains initiés évoqueraient une théorie selon laquelle, en s'engageant dans certains sens interdits, dans un lieu siginificatif de la zone, une impasse se révèle offrir un passage dérobé vers un réseau secondaire, lequel autoriserait un accès vers l'Extérieur.

C'est en général par un cheminement semblable que je m'extirpe du marasme, au bord de la panne sèche, mais c'est l'esprit agité que je m'attend d'un jour à l'autre, à me trouver confronté au détour d'un entrepôt, à l'apparition énigmatique d'un sphinx avide de calamité.





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