|
Recherche
Index |
C’est quelque chose de terriblement déroutant que de vivre dans un appartement. Cet objet onéreux, pour lequel on ne sacrifie pas moins qu’une fortune dans l’espoir d’y rencontrer le Dernier Espace de Liberté sur Terre, aurait parfois tendance à se conduire comme un châtiment. Le plus évident de tous, et le plus insaisissable, est la poussière qui s’y précipite dès que vous avez le dos tourné. Il est inconcevable qu’il existe sur notre planète suffisamment de poussière pour recouvrir mon intérieur dès que je m’absente pour la moindre course. C’est malheureusement le cas et je n’ose imaginer l’angoisse du malheureux technicien qui sera en charge de balayer les abords de la future base lunaire. Curieusement, bien que les sommes qu’on y déverse soient colossales, les appartements eux, sont toujours ridiculement petits. Comme si ça ne suffisait pas, les objets les plus injustifiables s’ingénient à s’y fourrer dans un grand désordre pour en gâcher l’harmonie. Ainsi m’encombrent inutilement toutes ces chaussures éparpillées dans l’entrée. A leur sujet, il y a longtemps que mon avis est forgé : les chaussures ne conservent leur intégrité qu’à la condition d’éviter en toute circonstance de marcher avec. La moindre promenade suffit à leur conférer des formes stupéfiantes, et une simple tentative de pirouette en fait craquer les coutures, ainsi d’ailleurs qu’à mes pantalons, qui n’attendent que d’être libérés de la penderie pour se désintégrer sous mes yeux. Mais certains appartements souffrent d’une malédiction crispante en forme de concierge. Je ne sais pour quelle mission avaient à l’origine été pensées ces créatures, mais il s’agit certainement d’une affaire dont je ne souhaite pas entendre parler. Quelle qu’elle fut à l’époque, cette mission n’a cessé de prendre de l’altitude, car il me semble que ma concierge cherche à prendre la place laissée vacante par ma conscience, partie se faire pendre ailleurs. Jour et nuit, et par tous les temps, ma concierge cherche à me surprendre en train d’entrer ou de sortir, afin de me lancer à la figure son éternel regard de désapprobation. Si j’avais voulu une conscience, j’aurais plutôt choisi Jiminy Criquet car on comprend au moins ce qu’il dit. Au lieu de cela, mon appartement est hanté par l’omniprésence d’un œil si accusateur, que Victor Hugo en avalerait sa barbe en y étant confronté, dans l’ombre de son basilical bunker du quartier latin. Parfois, couvert d’angoisses, je m’imagine poussière, cherchant la paix au fond de mon tombeau, tandis qu’au cœur des ténèbres luit, fantomatique, le regard désapprobateur de ma concierge. A l’aide. Il se trouve que ma concierge désapprouve mes jardinières. Non pas seulement par ce que ma fougère a chu dans la cour l’année dernière en éparpillant de la terre partout, mais aussi parce que mes malheureuse plantes ont tant de mal à s’acclimater. Il faut les arroser ! Insiste-t-elle. Diable, mais je ne fais que ça ! Mais le vent les dessèche. De plus, j’ignore avec quel sérieux sont fait les pots et les bacs à fleurs, mais la moindre goutte déposée aux pieds de mon lierre déclenche systématiquement une cascade incontrôlable qui se déverse sur quatre étages et tombe en pluie sur ma concierge. Je ne sais plus trop quelle attitude adopter. Depuis qu’une sotte affaire de clé m’a conduit à accepter de voir ma porte d’entrée fracassée au pied de biche, l’aspect de mon appartement déplaît fortement à ma concierge. Quand ils voient votre porte, les gens ont peur ! Dit-elle. En attendant, si je tenais le vaurien qui conçut le système de fermeture sans poignée, je lui ferais volontiers avaler sans sauce tous les copeaux de bois répandus sur mon palier. C’est étrange la façon dont sont conçus les bâtiments. Je me demande souvent si l’architecte à réellement pensé à tout. Comment calcule-t-il, par exemple, la charge que les murs sont sensés supporter ? En calculant le poids de l’équipement ménager moyen ? Ou du plus fantaisiste ? S’il me prend la fantaisie de remplir le volume total de mon appartement avec des boules de pétanque, c’est prévu pour ça ? Je vais en toucher un mot à ma concierge. Ajouter un commentaire verif = code = contact: hello@groliv.com
|
Nouvelles Histoires
Nouveaux dessins
Liens
Le site en flash
...
|