Hippo 25 Novembre 2008 à 16:53

Hippo


Il me semble qu’on ne se rend pas à l’Hippopotamus pour la cuisine qui y est servie. Les plats sont amusants, mais certainement pas très bon. En fait, à l’instant où les commandes atterrissent sur la table, on est vaguement tenté par l’idée d’assaillir les cuisines pour montrer aux tristes hilotes qui y officient, de quel bois l’on fricote une sauce. Quant aux frites, ô combien lamentables sont-elles, et je m’étonnerai toujours qu’il ne soit jamais possible dans la moindre brasserie de s’en voir servir des convenables.

Succession de déconvenues, le repas s’achève par une addition qui tient du brigandage, mais n’altère que faiblement l’euphorie de tout dîner à l’hippo.
En effet, les Hippopotami ne sont autres que des zones de transit de spatioports interplanétaires.
C’est une notion qui n’est pas si répandue dans les esprits de la capitale, mais elle n’en est pas moins réelle.

Bien entendu, cette réalité ne devient une évidence qu’après un temps d’observation minimum, de la méthode, et les yeux ouverts aux mystères de notre monde.
Personnellement, ma méthode fait intervenir le bloc de foie gras et son petit verre de vin liquoreux. Rien de tel que le vin liquoreux pour vous ouvrir les yeux.

Au fil du repas et des diverses bifurcations qui s’offrent à chaque détour de la carte des vins, nombreuses sont les manifestations de la méthode, et c’est vers le milieu de la nuit que la vraie nature de l’établissement saute aux yeux.

Les Hippopotamus sont des zones de transit de spatioports interplanétaires, et cela explique avec une précision stupéfiante le comportement des usagers.

Encore étourdis par les manœuvres de transfert, les voyageurs progressent avec hésitation entre les tables et sont pris en charge par des hôtesses qui les propulsent vers le bar pour y patienter en compagnie d’insolites corbeilles de chips dont l’aspect évoque quelque primitive forme de vie allogène.

Les voyageurs exhibent toutes les allures et toutes les toilettes. La disparité est de rigueur, et si la plupart des visiteurs ne revêt pas nécessairement les parures folles de quelque planète distante et singulière, certains au moins déambulent passablement décoiffés, témoignant de l’inconfort toujours actuel des déplacements interstellaires.

Attente obligée entre deux traversées, l’hippopotamus est un voyage à lui tout seul. Seule la Compagnie des Excursions Cosmiques pourrait nous renseigner sur les emplacements précis de ces succursales. Sont-elles bâties sur le sol désuni des astéroïdes, ou bien flottent-elles en orbite autour d’une géante gazeuse et renversante ? Quelles sont ces manifestations sidérales qui éblouissent nos intellects lorsque nos regards étourdis se risquent à la fenêtre ? Dans cet environnement déconcertant, l’esprit humain peine à concevoir les directions, mais l’autre nuit, sous les lueurs vacillantes et tressaillant aux décollages des astronefs, nous étions tous convaincus d’avoir la tête en bas.




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