Not to be 5 Novembre 2009 à 11:25

Not to be


Un tiers des espèces de dinosaures n’existe pas ! C’est ainsi que la presse grand public révèle cette semaine le résultat d’une étude concluant à une diversité surévaluée de ces terribles reptiles. Certaines espèces n’en formeraient en réalité qu’une seule, décrite à différents stades du développement de l’individu.

Cette anecdote, de même que l’affaire Pluton en 2006, vient éclairer un aspect remarquable de nos rapports avec la réalité. Pour mémoire, l’astre des Enfers fut une planète pendant trois quarts de siècle, avant de se voir déchue de son rang et de rejoindre en 2008, l’obscur cortège des objets transneptuniens. La controverse qui avait éclot à l’époque inspira à un spécialiste la remarque suivante : « Il est surprenant de constater la difficulté éprouvée par les astronomes pour définir ce qu’est une planète, alors que le grand public lui, voit très bien de quoi il s’agit. »

Cette boutade me paraît illustrer simplement à quel point la description du réel est subordonnée à l’esprit de celui qui le décrit, à tel point que l’on peut se demander si une telle chose existe en dehors de nos têtes. Remarquons que quelles que soient nos chamailleries sur la nature des astres et des dinosaures, il est peu vraisemblable que ces derniers en soient le moins du monde affectés.

Notre obsession pour la systématisation qui a occasionné de si beaux succès théoriques et optimisé nos talents d’organisateurs, possède comme toute chose un revers qu’il serait funeste d’ignorer. Ainsi l’on tend fréquemment à confondre la Règle, qui n’est qu’un outil élaboré pour organiser des objets dans un contexte convenu, avec une illusoire propriété intrinsèque et indiscutable des objets eux-mêmes. Cette dérive conceptuelle donne naissance à de troublantes contradictions.

Ainsi un soir, ayant voulu payer un sandwich avec un ticket restaurant, je me vois répondre par le vendeur qu’il ne peut l’accepter car on était dimanche, et que l’on ne travaille pas le dimanche.
Indépendamment du bien-fondé de la règle en question, il se trouve que je travaillais à l’époque le dimanche, et que je sortais justement d’une journée laborieuse. Je regrette de ne pas avoir eu la présence d’esprit d’en faire alors la remarque, mais il y a mieux, car le vendeur lui-même se trouvait manifestement en train de contredire la règle.
Je me suis contenté alors de manifester l’abjecte soumission qui est de mise dans les sociétés civilisées tout en prenant conscience de ce que nous étions. Le vendeur et moi formions un petit groupe de personnes appliquant consciencieusement une règle qui niait tout bonnement notre existence.

J’ignore jusqu’à quelle loufoquerie l’esprit de système conduira notre espèce, mais je ne serais pas vraiment surpris un jour, de me voir répondre par un serviteur de l’Institution tapi derrière un guichet : « Mais mon pauvre monsieur, je puis vous assurer que vous n’existez pas. Vous pensez bien que si vous existiez, cela serait certainement inscrit quelque part… »




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