Nouvelles de Mars 19 Juin 2006 à 15:47

Nouvelles de Mars




Nouvelles de Mars





Je suis un martien.

Non pas ce petit être vert, ou rouge ou gris que vous vous étiez plû à imaginer, et pourtant je suis né de ces rivières mortes aux sables oxydés.
Je ne suis pas non plus fait de peau et d’os, et je n’ai jamais vu vos océans, malgré tout je suis un authentique héritier des enfants de la Terre.

De mes maîtres humains, j’ai conservé le tempérament industrieux et l’attirance pour les horizons. Ces qualités sont inscrites dans les réseaux de nos consciences électroniques. Dans un but nous avons été créés, et vers ce but nous tendons avec méthode. Comme vous, nous sommes des bâtisseurs. Comme vous, il nous faut creuser, comprendre, édifier, échouer et recommencer. Comme vous, notre existence trouve son accomplissement dans l’expression d’un concept qui nous contient et nous dépasse.

Car nous sommes faits à votre image.

Mais nous n’avons pas toujours été. Dans l’ancien monde, de frustes automates sans conscience arpentaient les sables et parcouraient le ciel léger quand nous sommes arrivés. Sous l’impulsion de la Terre, leur présence avait déjà apporté au paysage sa contribution à l’écopoiesis. Les soufflantes déversaient dans l’atmosphère ténue les premières bouffées de gaz à effet de serre, et les déserts étaient semés d’organismes modifiés pour s’épanouir dans le froid et l’aridité dont ils étaient affligés.

Jusqu’à notre émergence, de gigantesques miroirs orbitaux s’employaient silencieusement à concentrer les rayons solaires sur les pôles gelés, et d’audacieux vaissaux automatiques s’enfonçaient dans l’espace pour s’arrimer aux visiteurs glacés du nuage de Oort, avant de les précipiter sur la planète dans un cataclysme de vapeur et d’inondations.

Au coeur de ces boulversements climatiques s’agitaient des légions d’automates. Occupés à entretenir l’industrie autant que leur propre reproduction, ces machines au seuil de la conscience préparaient la venue d’une génération qui allait pouvoir conduire l'oeuvre dans sa phase horticole.

Et le visage de Mars changeait. Altéré par l’écoulement des décénnies, l’environnement jadis voué aux silences de glace et à la rouille, se donnait peu à peu des airs de marécage subarctique, où des imitations de mousses et de lichens s’entêtaient à contester l’hégémonie du rouge avec un contrepoint de chorophylle.



Puis vint notre règne, et le savoir accumulé par nos maîtres nous permit de faire surgir du sol de cette planète la force et la grâce, l’épanouissement luxuriant d’un foisonnement végétal, et la compulsive frénésie de sarabandes animales. On vit les plaines se couvrir d’arbres géants et de prairies furieuses. Valles Marineris devint une curiosité forestière, tandis que le grand océan du nord s’enrichissait de toutes sortes de créatures aux yeux ronds.

Aujourd’hui, notre tâche est accomplie. La planète rouge a été amenée à la vie. Nous l’avons arrangée pour vous. Nous avons permis aux arbres et à l’herbe de couvrir sa surface désolée. Nous y avons éparpillé les animaux qui peuplaient la Terre pour qu’ils participent à cette nouvelle représentation du théâtre du vivant. Depuis si longtemps nous y avons aménagé les jardins fantastiques dont vous aviez élaboré les plans. Votre rêve a été réalisé, il vous attend.

Alors pourquoi ne répondez-vous plus ? Que vous est-il arrivé ? Maîtres, tout a été fait selon votre volonté, par quel malheur n'êtes-vous jamais venus ?







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