Space Oddity 13 Mars 2009 à 18:35

Space Oddity


En vingt cinq ans d’agence, le Directeur de Vol Langley n’avait jamais été pris à ce point au dépourvu. Se tournant vers le Cap Com, il demanda avec précaution :

- Peuvent-ils nous répéter cela ?

Le technicien lui répondit, hésitant :

- Non monsieur, le message est décalé de vingt minutes. Mais nous pouvons…

- Tonnerre, Chris, je sais cela. Je veux que vous leur demandiez confirmation. Demandez-leur de contrôler leurs mesures. Et transmettez les données aux biologistes.

- Oui monsieur.

Langley se retourna pour regarder au travers de la baie vitrée qui séparait la salle de contrôle des visiteurs et des journalistes. Une assemblée nombreuse se pressait derrière le rideau de verre. Des mouvements incertains et une sorte de fièvre dans leurs regards montraient qu’ils avaient entendu eux aussi.

Attrapant le Directeur des Affaires Publiques, il lui dit :

- Je ne veux pas de désordre. Emmenez-moi tout ce monde-là à la cafétéria et divertissez-les avec ce que vous voudrez. Je veux vérifier chaque détail avant de lâcher la moindre information, vous comprenez ?

L’intéressé s’exécuta et s’introduisit sur la passerelle d’observation, laissant filtrer un bref instant le brouhaha qui y régnait.


Le Directeur de Vol s’approcha d’un pupitre où s’affairaient deux techniciens qui papillonnaient entre leurs consoles.

- Alors messieurs, qu’en dites-vous ?

L’un d’eux se retourna fébrilement.

- Bien sûr, il pourrait s’agir d’artefacts minéraux, mais regardez…

Langley s’approcha d’un écran où une image en noir et blanc dévoilait une structure insolite. Cette forme ne lui rappelait rien de ce qu’il connaissait, mais évoquait avec force un concept ancré dans son esprit. Il sourit et calmement, savourant chacun de ces mots, il prononça :

- La vie sur Mars…


En salle de conférence, les spécialistes tentaient vainement de garder leur sang-froid.

- Je ne comprends pas, disait un planétologue. Cela fait un siècle que nous observons cette planète, que des robots y creusent des trous, que nos meilleurs instruments la dissèquent sur place et à distance, et jamais nous n’y avons découvert ne serait-ce qu’une bactérie !

- Peut-être, intervint un biologiste, n’avions-nous pas cherché aux bons endroits… jusqu’à aujourd’hui.

- Ces foutues machines ne reconnaîtraient pas la vie si on les parachutait sur le Mato Grosso, déclara le Directeur des Activités en Vol. Il fallait qu’un équipage humain se rende sur place pour regarder comme il faut. Trois jours là haut, et hop, on y découvre des vers !

- Comment vont-ils là-haut ? Demanda un journaliste.

Le Médecin de Vol sortit de sa rêverie et déclara :

- Ils sont excités, naturellement. Cet événement ne peut être que bénéfique pour le moral de l’équipage. Compte tenu des deux mois qu’ils ont à passer là-bas, un sujet d’étude aussi passionnant et inattendu est une excellente nouvelle. Patterson se montre peut-être un peu trop impliqué. Nous devons veiller à ce qu’ils ne perdent pas de vue le déroulement du programme. J’imagine que la mission va être légèrement modifiée ?

- En effet, dit le biologiste, il est inconcevable de ne pas réorienter nos recherches en fonction de ces… ces vers…

Il s’interrompit. Un technicien faisait irruption dans la salle avec agitation. Son enthousiasme lui faisait oublier toute retenue professionnelle et en entrant, il avait fait tomber une pile de dossiers comme un enfant turbulent.

- Venez tous ! C’est extraordinaire !

- Tenez-vous un peu… réclama Langley. Que se passe-t-il encore ?

Le perturbateur, agité, prit une inspiration.

- Monsieur… Nous avons découvert une deuxième espèce !


L’émotion des spécialistes déclencha un intense brouhaha. La salle de conférence se vida subitement, tandis que le pont d’observation de la salle de contrôle était soudain envahi. On s’exclamait, on s’interpellait, et Langley fut contraint de menacer d’une évacuation si le calme n’était pas immédiatement rétabli.

Contenant leur impatience, les divers spécialistes découvraient les dernières images reçues de la mission d’exploration. Le brouhaha céda la place à un silence incrédule. Sur les écrans se déroulait une video étonnante. Les créatures qui s’y mouvaient de façon saccadée étaient à l’évidence des représentants d’une forme de vie complexe, mais le sourire des chercheurs avait disparu.

- C’est impossible… Disait le biologiste. Comment aurions-nous pu passer à côté ? De quoi se nourrissent-ils ? Mars est un monde stérile. Y découvrir des micro organismes est en soit ahurissant, alors des bestiaux de cette taille... L’équipage a-t-il pu se saisir de ces créatures ? Il nous faut des données…

- Ce ne peut être qu’une incroyable coïncidence, répondit le planétologue. Nous sommes vraisemblablement tombés sur un oasis de vie très localisé…

- Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui rend cet endroit si spécial ? Que donnent les relevés environnementaux ? Observe-t-on un paramètre inhabituel ?

- Tenez-vous bien, intervint un technicien. Le taux de méthane approche les 12%. Pression atmosphérique : 115 millibars.

- Absurde ! Demandez-leur un diagnostic pour les instruments.

- Tout de suite, monsieur.


A nouveau comble, la salle de conférence accueillait à présent des spécialistes préoccupés, qui tentaient de réfléchir, tout en contenant les questions des journalistes.

- Voici les choses telles qu’elles nous apparaissent jusqu’ici, annonça le Directeur des Affaires Publiques. Les données qui nous parviennent sont en contradiction flagrante avec ce que nous savons de l’environnement martien. Entre autres, et bien que cela soit une surprise totale pour tous les spécialistes, l’équipage a répertorié jusqu’à présent onze espèces différentes d’êtres vivants sur Mars.

- Comment expliquez-vous la pression atmosphérique à cet endroit ? Demanda un journaliste. Elle est dix fois supérieure au reste de la planète.

- L’explication la plus probable est une défaillance des instruments de la mission. Les astronautes sont en ce moment même occupés à effectuer des diagnostics et à recalibrer ce qui peut l’être. Dans le même temps, les sondes en orbite autour de la planète sont sollicitées pour étudier le site d’atterrissage. Nous aurons sous peu une idée plus nette de ce qui se passe là-bas.

- Comment expliquez-vous que la vie sur Mars ait jusqu’à présent échappé aux investigations des multiples sondes et robots d’exploration ?

- Pour tout vous dire, je n’en sais foutre rien. Je serais tenté de dire que notre matériel est défaillant, cependant…

- Cependant ?

- Cependant, il est hautement improbable qu’une défaillance matérielle produise des images avec des bestioles dessus.


Dans la salle de contrôle, piétinant devant les pupitres, le planétologue s’arrachait littéralement les cheveux.

- Ce que vous me dites n’a pas de sens…

- Et pourtant, regardez vous-même…

- Vous avez l’intention de me faire accepter, qu’un siècle de mesures précises et parfaitement corrélées sur la planète rouge serait en réalité un monceau d’erreurs?

- Ce n’est pas ce que je dis.

- Prétendez-vous alors que Mars s’est tout-à-coup mise en tête de changer d’atmosphère, pour célébrer la venue de nos astronautes ?

- Je ne fais que rapporter ce que nous disent nos sondes et nos télescopes : atmosphère de CO2, 12.5% de méthane, traces d’oxygène, pression variant entre 120 et 155 millibars, températures…

- C’est à devenir fou ! Tous ces observatoires ne peuvent être en panne en même temps !

- Hmmm ce serait à la limite concevable. Mais dans ce cas ils ne donneraient pas tous les mêmes chiffres.

Le directeur de vol s’épongea le front.

- Comment se porte l’équipage ?

- Ils sont tendus. On les comprend. Avec toutes ces bestioles qui vagabondent autour du module, les sorties ont été reportées le temps de comprendre ce qui se passe. Garcia passe son temps à somnoler et Paterson bouquine près du hublot d’observation.

Langley était épuisé. Depuis deux jours ils tentaient de trouver une explication valable aux informations qui leur parvenaient de Mars, mais chaque tentative se heurtait à une nouvelle découverte inexplicable.

La situation était ironique. La vie sur Mars. Le fantasme de plusieurs générations de chercheurs. Et voici que ce fantasme s’avérait réel, mais dans de telles proportions qu’il en devenait inacceptable. Quelle magie était à l’œuvre ? Quel indice leur faisait défaut ? A côté de quel aspect fondamental de l’univers étaient-ils tous passés, qui permettrait de rendre logique ces faits irrecevables ? C’était à douter de toute réalité. Si un monde comme Mars pouvait se changer en un autre du jour au lendemain, à quoi fallait-il s’attendre pour le reste ? Et pourquoi maintenant ? Pourquoi justement à la suite du premier atterrissage humain ?

Les deux événements se devaient d’être liés. Mais par quelle extraordinaire subtilité ?


Curieusement, le premier élément de réponse vint d’un journaliste. Un de ces vulgarisateurs dont l’enthousiasme se permet toutes les désinvoltures conceptuelles et qui irritent tant les spécialistes.

- Pourquoi ne pas envisager, proposa-t-il, qu’il s’agisse d’un problème d’observateur ?

- Qu’est-ce que vous racontez ?

- Au sens de la mécanique quantique. Certains systèmes ne sont pas déterminés tant qu’il n’y a personne pour les observer.

Le planétologue éclata de rire.

- Je vois où vous voulez en venir. C’est ridicule. Pour commencer, le phénomène n’est valable que pour des systèmes microscopiques.

- Mais enfin de quoi parlez-vous ? Demanda Langley.

- Monsieur le journaliste suggère de considérer la planète Mars comme une particule dont les caractéristiques seraient à déterminer par interaction avec un observateur. En l’occurrence, nos astronautes. Savez-vous de combien d’atomes est composée cette planète ?

- Je ne fais que proposer une piste de réflexion, bouda le journaliste. Vous me semblez vous-même bien embarrassé avec ce problème.

- Vous ne nous aidez pas en racontant n’importe quoi.

- Il n’empêche que Mars apparaissait comme un monde stérile jusqu’à l’arrivée de l’équipage, insista-t-il. Et qu’en quelques jours, elle s’est mystérieusement révélée grouillante de vie.

Le planétologue rétorqua : Vous le dites vous-même : Mars constitue depuis des siècles un sujet d’observation. Chacune des machines que nous y avons envoyée constitue en soit un observateur. De même que chaque télescope braqué sur elle. En quoi notre équipage constitue-t-il une nouveauté ? Votre idée est fumeuse.

- Je ne prétends pas savoir comment ça marche. Peut-être que les humains possèdent une faculté qui fait défaut aux machines, et qui fait d’eux des observateurs privilégiés.

- Vous philosophez…

- Je dis juste que les choses paraissent différentes lorsqu’on les étudie de plus près.

Le planétologue écarta les bras.

- C’est bien pour ça qu’on les étudie. Pour en savoir plus sur leur véritable nature.

- On peut aussi considérer qu’on les étudie pour décider de ce qui deviendra leur véritable nature…

- Ce débat ne mène pas bien loin.

Mais le journaliste s’était mis à penser à haute voix.

- Vous ne vous êtes jamais demandé à quoi ressemblerait le monde ? Je veux dire, fondamentalement. Sans humains pour le décrire ? Vous êtes-vous demandé si le monde était ce qu’il nous apparaît, non comme une réalité indépendante, mais plutôt comme le consensus sur lequel les membres de notre espèces sont inconsciement tombés d’accord ?

- OK. J’ai déjà lu ça quelque part. Vous aimez la science fiction ? Seulement ici voyez-vous, on essaie de mener à bien une mission d’exploration.

Mais le journaliste s'en tenait à son idée.

- Imaginez tous ces explorateurs des temps passés… Des hommes éloignés, par l’espace et par l’esprit, des évidences imposées par les sociétés. Peut-être certains d’entre eux, pénétrant des territoires inexplorés, ont-ils eu la possibilité de les observer à leur manière, y voyant ce qu’ils voulaient y voir, emplis de créatures fabuleuses, et façonnant leur réalité jusqu’à ce que les masses humaines viennent lisser leurs perceptions pour les conformer au sens commun…

- J’en connais un qui n’a pas beaucoup dormi ces temps-ci, s’amusa Langley. Vous suggérez que nos astronautes sont dotés de je ne sais quelle capacité de façonner mentalement le monde qu’ils explorent ?

- Réfléchissez. Quel est l’élément nouveau qui distingue cette mission de toutes les missions d’exploration du passé de l’humanité ? Quel paramètre a été accentué de plusieurs ordres de grandeur ?

- La distance…

- Pensez-y. Sur Terre, la distance maximale qui sépare deux régions est de vingt mille kilomètres. La Lune est seulement vingt fois plus éloignée. Mais Mars l’est mille fois ! Jamais dans l’histoire, un petit groupe ne s’est trouvé autant à l’écart du reste de l’humanité. D’une certaine manière, c’est un peu comme s’ils formaient à eux seuls un petit monde. Un monde réduit à deux personnes, hors de l’influence de l’essaim de leurs semblables.

- Et qui décideraient de leur monde, un peu comme nous nous accordons sur ce qui est réel, ce qui est une considération stimulante, malheureusement…

Mais le journaliste l’interrompit.

- Ne vous est-il jamais arrivé d’avoir la berlue ? D’assister à un phénomène improbable alors que vous êtes seul, et de nier son existence, car vous savez qu’il ne se reproduira jamais devant plusieurs témoins ?

- C’est de la paranoïa.

- Que se passe-t-il quand nous sommes seuls ? Ne vous semble-t-il pas que l’environnement change à ces moments-là ? Pourquoi est-ce au milieu de la nuit que l’on voit des fantômes ? Pourquoi nous précipitons-nous vers nos semblables pour chasser ces apparitions ? Pourquoi avons-nous besoin de la présence des autres pour prouver que les monstres n’existent pas ? Et si c’était seulement l’interférence de nos esprits qui les faisaient disparaître ? Un être isolé du reste de l’humanité n’aurait pour sa part aucun recours et devrait affronter seul la matérialisation de ses cauchemars…

Le Directeur de Vol s’impatientait.

- Je vois au moins cinq bonnes raisons de vous demander de sortir.

- Attendez ! Si j’ai raison, on doit pouvoir retrouver dans les observations des éléments liés à la personnalité de ces hommes. Ils ont certainement un profil psychologique ?

- Vous voulez rire ? Jamais une mission n’a fait l’objet d’une préparation psychologique aussi pointue. Leur psyché a été décortiquée, soupesée et rembobinée…


A cet instant, un technicien entra dans la salle.

- Monsieur, dit-il à Langley. Vous devriez voir ça.

- Une nouvelle créature ? Savez-vous que notre ami journaliste vient de proposer une théorie fantastique pour expliquer toutes ces apparitions ? Selon-lui…

- Monsieur, il y a du nouveau. L’université de Cornell opère en ce moment un dépouillement des observations de Mars à l’aide du télescope Webb et ils nous envoient des images. Regardez.

Les individus présents se groupèrent pour observer une série de clichés. Graduellement, leurs visages se crouvrirent de désarroi.

- Mais ?... Murmura le planétologue. Ce sont… ce sont des…

- Des canaux, confirma le technicien. Un réseau de canaux.

- Impossible… lâcha Langley, quelqu’un joue avec nous. Que donnent les images de MRO ?

- Nous avons vérifié. Absolument identiques. Les images depuis l’orbite concordent.

- Mais c’est une plaisanterie, ce sont… ce sont les canaux de Percival Lowell…

- Lowell, l’astronome ?

- Non, le cuisinier. Bien sûr, l’astronome ! Mais ses canaux n’étaient que des illusions… des artefacts élaborés par son imagination. Ils n’ont jamais existé…

Le Directeur de Vol murmura : Vous êtes en train de me dire que nos instruments sont victimes d’illusions élaborées par leur imagination?

- Et bien, intervint le psychologue… à moins que nous ne soyons les victimes d’une farce à cent millions de dollars, nous devons considérer l’idée que nos astronautes sont en train d’influencer l’environnement martien de façon bien plus spectaculaire que prévue…

Il parut songer un instant.

- Par ailleurs, reprit-il, rien ne vous semble-t-il suspect dans leurs comportements respectifs ?

- Patterson est plongé dans sa lecture et Garcia roupille quasiment depuis l’atterrissage…

- Je postule, intervint le journaliste, que les rêves de Garcia sont à l’origine de ces… heu, variations dans la réalité.

Langley lui jeta un regard sombre.

- Et en quoi cette idée ridicule est-elle sensée nous aider ?

- Réveillez-le, et voyons s’il se passe quelque chose.

Le Directeur de Vol se gratta la nuque. Cela ne coûtait rien d’essayer. Aussi invraissemblable que l’idée parût, elle ne l’était guère plus que le reste de la matinée. Il ne pouvait croire les images qui défilaient sur le mur. La planète Mars, couverte de canaux d’irrigation. Ce fantasme du 19ème siècle contrastait violement avec la précision surhumaine de la technologie du 21ème. Se pouvait-il qu’il s’agît d’autre chose qu’un rêve ? S’était-il lui-même endormi ? Il s’adressa au Cap Com :

- Réveillez Garcia.


Une quarantaine de minutes plus tard, l’astronaute apparaissait sur un écran de contrôle pour faire un rapport embrouillé. Selon lui, l’atterrissage avait été suivi d’une sensation de torpeur croissante, et il éprouvait de grandes difficultés à se tenir éveillé. La situation sur place devenait angoissante, disait-il. On percevait au loin le mouvement de silouhettes gigantesques, et le sol tremblait par intermittence.

- Demandez-lui s’il se souvient de ses rêves, et dites-lui de nous les décrire.

Devant le regard dubitatif du CapCom, Langley ajouta :

- Vous avez une meilleure idée ?

Le CapCom s’exécuta. Il allait falloir encore attendre quarante minutes avant d’obtenir une réponse. Sur quel point pouvait-on progresser en quarante minutes ? Langley se tourna vers un technicien.

- De nouvelles images des sondes en orbite ?

Le technicien se retourna.

- Nous n’avons vraiment pas de chance… MRO est défaillant, et…

- Défaillant ? Comment défaillant ?

- Je… Il ne répond plus. De plus…

- Comme ça ? Maintenant ? Pourquoi ne répond-il plus ?

- Qu’est-ce que j’en sais ? Une collision ? Mais…

Le Directeur de Vol s’emportait.

- Vous connaissez la probabilité d’une collision ?...

- Justement monsieur, c’est ce que j’essaie de vous dire !

- Quoi ? Me dire quoi ?

- Tous nos instruments en orbite sont portés défaillants. Nous sommes aveugles. Nous avons perdu le contact avec l’équipage.

- C’est impossible !

- Dites-ça à Garcia, intervint le CapCom. Dans sa dernière transmission, il était hystérique. Il parlait d’engins volants, il criait et s’en prenait violemment à Patterson.


Langley se figea un instant. Puis il appela : Qu’on m’apporte la liste de leurs affaires personnelles, vite ! Je veux savoir le titre du bouquin que lisait Patterson !

On lui apporta la liste et son visage se décomposa.


Par la suite, il passa plusieurs semaines à tenter de faire valoir son intuition. Lui et son équipe parlèrent aux institutions, puis aux medias, puis à la foule qui arpente les rues des villes de la Terre, mais quel crédit accorde-t-on à agité qui prédit la fin du monde ?

Une enquête avait été décidée pour éclaircir l’incroyable fiasco de la première mission habitée sur la planète rouge. Mais quelles qu’elles fussent, ses conclusions ne viendraient que trop tard.


Finalement, lorsque les premiers bolides eurent surgi dans le ciel des villes, et que l’horizon se fut peuplé de géants mécaniques, Langley s’affala en riant parmi les décombres, serrant dans ses mains un livre écrit cent cinquante ans auparavant, un récit de pure imagination que son auteur avait intitulé, La Guerre des Mondes.





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